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Quels étaient les moyens de déplacements du troisième millénaire avant notre ère ?

Les navigations sur le Nil, le Tigre et l'Euphrate sont prouvées et documentées aussi bien par les hiéroglyphes égyptiens que par les tablettes cunéiformes mésopotamiennes. Notamment les textes d'Ebla - et de Mari au millénaire suivant - évoquent ce sujet. Indéniablement, les marchands naviguaient sur les grands fleuves.

En mer, de même, vers la fin du 3e millénaire, Sargon d'Akkad ne se vantait-il pas d'avoir amarré dans le port de sa capitale des bateaux de Meluhha, de Dilmun et de Magan. Il est maintenant quasi admis que Meluhha était la vallée de l'Indus, Dilmun était l'île de Bahreïn, et pour Magan, j'ai fais une proposition de localisation sur ce blog.

 

Mais quelle était l'intensité de ce commerce ? Savaient-on naviguer à contre-contre-courant ? Y-avait-il des canaux parallèles pour cela, afin, notamment, de pouvoir haler les bateaux ?

D'après les textes de Mari, si des portions de canaux existaient le long de l'Euphrate, il est admis qu'il n'y en avait pas tout le long du fleuve, notamment de Mari à Emar. La navigation se faisait donc essentiellement dans le sens du courant. Dans le sens inverse, au lieu du halage de bateaux, des caravanes terrestres étaient préférées. Il est probable que les marchandises empruntaient des voies « types », par exemple pour aller de Babylone à Emar, l'itinéraire d'Urban remonte le Tigre emprunte une voie terrestre passant par Assur et Subat-Enlil.

 

Comment se fait-il que des statues en diorite noire aient été culturellement à la mode vers les mêmes époques en Égypte et en Mésopotamie ?

Tout simplement parce qu'il y avait plus de contacts qu'on ne le pense entre l’Égypte et la région entre les deux fleuves.

 

Comment se fait-il que la ville d'Ebla, non a proximité de l'Euphrate, se soit tant enrichie vers la deuxième partie du troisième millénaire ?

Il faut considérer que la croissance de cette ville était liée à sa situation géographique, entre la mer Méditerranée et l'Euphrate. Je pense que la ville d'Ebla était sur une voie de passage de marchands, et située sur l'amont d'une rivière se jetant dans l'Euphrate. Thoutmosis III, pour aller batailler vers l'Euphrate, a fait transporter ses bateaux sur des chariots. Cette méthode de transport devait être un service régulier rendu depuis des siècles par les résidents de la région. Cela expliquerait la responsabilité de la confédération des « ses-ib » d'Ebla. (Avant le canal de Corinthe, construit au 6e siècle avant J.-C., c'était une méthode de transport de bateau en Grèce).

 

Quelles étaient les sources d'approvisionnement des marchands de Dilmun, originaires d'une île golfe persique qui faisaient surtout commerce de la laine, du bois, de pierres précieuses et du cuivre ?

Je pense les marchands de Dilmun, comme d'autres d'ailleurs, empruntaient des circuits commerciaux utilisant les grands fleuves.

Un texte cunéiforme d'une statue de Gudea dit : « Magan, Meluhha, Gubi (Gubla ?) et Tilmun rassemblèrent des bois, des barques chargées de bois de toutes sortes vinrent à Lagash. »

 

Conclusion :

Voici une illustration d'un probable circuit commercial du 3e millénaire avant notre ère. Les sources d'approvisionnement sont mentionnées en vert :

Probables circuits commerciaux au 3e millénaire avant J.-C.

Probables circuits commerciaux au 3e millénaire avant J.-C.

Arguments supplémentaires :

1. Une convention entre Ebla et Mari stipule que les marchands d'Ebla peuvent voyager de Mari à Ebla, et se faisant, vers Kish (C'est à dire Kouch, en utilisant le grand circuit commercial) depuis Mari. Dans cette convention apparaît le « ga-ras » de Saba. Le terme « ga-ras » a été traduit par « lavandier », je pense qu'il s'agit plutôt d'un producteur d'encens.

2/ Des recherches récentes montrent une occupation des côtes sud de la péninsule arabique vers l'âge du bronze :

3. Sur la côte de la Mer Rouge de la péninsule arabique sont visibles du ciel de multiples traces de campements appelées « The Works of the Old Men » : http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0305440311001907

4. Durant les périodes pré-dynastiques, des similitudes entre les sumériens et les Égyptiens ont été relevées par les chercheurs.

5. Un service de transport de bateau de la mer Rouge vers le Nil est documenté par des pétroglyphes au Ouadi Hammamat.

6. A Matuka, le long du Nil, se trouvent les vestiges d’une piste aménagée de poutres transversales, sur une longueur de plus de 2 km. Il s’agissait de glissières assurant le transport par halage des bateaux et permettant ainsi le contournement de la seconde cataracte du Nil.

7. Même sur le Nil, je pense que la navigation dans le sens du courant était privilégiée. Ce circuit commercial peut expliquer la construction des pyramides. Chaque bateau pouvait se charger d'une pierre qui, selon la description d'Hérodote dans l'Enquête, était fixée à une corde et traînait au fond du fleuve afin de garantir la stabilité. Voici un autre extrait du même auteur : : « Chéops en vint, dit-on, à tant d'infamie qu'à court d'argent il plaça sa propre fille dans un lieu de débauche et lui ordonna de gagner une somme déterminée. La fille obéit à son père, mais voulut laisser elle aussi un monument à son nom et pria chacun de ses visiteurs de lui faire cadeau d'une pierre. Avec ces pierres, m'a-t-on dit, fut construite celle des trois pyramides qui se trouve au centre du groupe, en avant de la grande pyramide. »

Pour l'explication sur les couleurs de textes, cliquer ici.

Pour une version en anglais, cliquer ici.

Tag(s) : #Pays de Mari, #Pays de Canaan, #Pays de Dilmun, #Pays de Magan, #Pays d'Ebla, #Empire d'Egypte, #Pays d'Upi

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