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En plus des pays d'Elam, d'Ebla, de Mari, d'Egypte et d'Akkad, ce sont surtout les tablettes de Tellô, en Mésopotamie, qui nous ont fait connaître les principales puissances du 3e millénaire, à savoir Kish, Akshak, Uruk, Ur, Lagash et d'Umma. De ce fait, ces villes-états ont été d'abord recherchées dans le voisinage, et considérées comme étant toutes Mésopotamiennes. Ce qui est décrit sur les tablettes est-il en phase avec les résultats des fouilles archéologiques de la région ?

C'est loin d'être évident : Il existe un contraste frappant entre l'histoire locale aujourd'hui accepté et les régions d'origine des matériaux des objets trouvés. Par exemple, il est maintenant prouvé que la pierre dans laquelle ont été sculptées les statues de Goudéa trouvées sur Tellô provient du sud de l'Arabie.

Mais les tablettes du site de Niffer, Nippur, viennent, maintenant, apporter un nouvel éclairage sur cette période ancienne :

AkshakLagash et Umma ne figurent pas sur les tablettes de Niffer. Aussi, dans ce blog, des alternatives de localisation sont proposées, aboutissant à une autre histoire, plus globale, pour cette période, en m'appuyant sur de probables circuits commerciaux du 3e millénaire avant notre ère (suivre ce lien).

Je propose les rapprochements suivants :

  • Kish est le pays de Koush, c'est à dire l’Égypte jusqu'aux premières dynasties de pharaons, contrôlant les ports de la Mer Rouge ;

  • Lagash, le pays de Lakish vers le Levant ;

  • Le pays d'Upi/Opis du 3e millénaire est le même que celui du 2e millénaire avant notre ère, vers le sud du Levant ;

  • Akshak est une ville d'Upi/Opis au tell es-Sakan, située, donc, entre l’Égypte et la Mésopotamie.

Et les faits rapportées par les tablettes les tablettes de Tellô sont des conflits entre le sud du Levant et la Mésopotamie, avec le contrôle de l’Égypte à la clé. Cette région de la péninsule arabique était moins désertique qu'aujourd'hui et la vaste contrée de l'ouest de Babylone jusqu'à Damas, voire jusqu'à la mer Méditerranée, était davantage habitée et constituait probablement le pays d'Umma (d'Amman à Umm an-Nar).

Voici ce que donne une mise en parallèle de l'histoire de Kish, donnée par les textes Mésopotamiens, avec celle de l’Égypte :

Kish a exercé une sorte de domination sur les autres états aux époques archaïques. Un roi kishite, de nom Mesalim a arbitré un conflit frontalier entre Umma et Lagash vers 2600.

Les rois de Kish portaient le titre de Lugal, qui signifiait « roi », tandis que les souverains voisins se nommaient Ensi. Ce qui montre qu’il s’agit plus d’une région que d’une ville. D'après la Liste royale sumérienne, Kish a exercé la royauté juste après le Déluge. Parmi les vingt-trois rois de cette dynastie semi-légendaire, sont présents Etana, Enmebaragesi et Agga. Le premier est le héros d'un mythe sumérien. Le second est l'un des premiers rois mésopotamiens à être attesté historiquement par les sources, puisqu'on a retrouvé à Nippur deux vases portant son nom datant du XXVIIe siècle avant notre ère. Le troisième, Agga, est son fils, il est connu comme adversaire de Gilgamesh d'Uruk. Son nom n'est pas très éloigné du roi égyptien Ahha. C'est le dernier roi de la dynastie, puisque Kish est ensuite dominé par Uruk. L’Ancien Empire Égyptien n’a alors pas encore débuté.

La biographie de Sargon d’Akkad montre qu’il a été proche du roi Ur-Zababa de Kish, qu'il a renversé, avant de vaincre le roi Lugal-zagesi d'Umma. Il fit d’Akkad sa capitale, et Kish devient un centre provinciale de son empire.

Sous la Troisième dynastie d'Ur, vers le XXIe siècle, Kish redevient une région provinciale de Mésopotamie. L’Égypte est alors soumise aux dynasties de la 1ère période intermédiaire. Après la chute d'Ur, vers 2004, Kish dépend pendant quelques temps d’Isin, puis reprend son autonomie. Débute alors le Moyen Empire d’Égypte. Kish est quelques temps soumise à un roi appelé Manana, avant d'être confrontée à Sumu-la-El de Babylone à la fin du XIXe siècle. Elle est alors aujourd’hui considérée comme faisant partie du royaume babylonien, qui connaît sa première heure de gloire sous le règne d’Hammurabi. Quand la ville d'Uruk est abandonnée au XVIIe siècle, une partie de ses habitants s'établissent à Kish. C’est à ce moment-là que commence le Nouvel Empire égyptien.

Cette mise en parallèle rend possible le rapprochement entre Kish et l'Égypte, ainsi que ceux proposés plus en amont ci-après détaillés :

  • Lagash, que je considère être Lakish au Levant, est une cité-état qui aurait eu une histoire plus brève (200 ans environ) et d'importants conflits frontaliers avec Umma.
  • Vers 2450 avant notre ère, Eannatum de Lagash dit avoir repoussé un raid mené par le roi Zuzu d'Akshak, et avoir ensuite détruit Akshak. Et parce qu'Inana l'aimait, Inana donna au maître de Lagash la souveraineté sur Kish. Puis Eannatum confronta Kish, Akshak et Mari.
  • Akshak est ville État d'importance : En effet, une tablette de listes des dynasties royales de Mésopotamie fait apparaître une dynastie d'Akshak avec 6 rois qui auraient régné pendant 99 ans, entre deux dynasties de Kish. Dans la chronique Weidner, un des rois d'Akshak est mentionné comme étant contemporain de Kug-baba de Kish, la femme aubergiste, la seule femme qui régna sur tout Sumer, et qui serait contemporaine de la construction des pyramides. Vers 2350, Akshak est mentionné dans des tablettes trouvées à Ebla : Akshak aurait été entre les mains de Lugalzagesi d'Umma.
  • Une tablette du Tell el-Oheimir, datée par ses trouveurs de l'époque d'Hammurabi de Babylone, évoque les anciens temps : les dynasties de Kish et une dynastie dite d'Upi en Akkadien, Opis en Grec, avec 6 rois qui auraient régné également pendant 99 ans, avant une dynastie de Kish. Il s'agit probablement du pays dont Akshak était alors la capitale. Les 6 souverains sont Unzi (30 années), Undalulu (12), Ursag (6), Basha Sir (20), Ishuil (24), and Shu Enzu (7). C'est surtout le lieu de cette trouvaille qui fait croire que cette ville était l'antique cité-état d'Upi. Mais les fouilles du Tell el-Oheimir n'ont pas confirmé l'antériorité du lieu. Il est probable que ce n'était qu'une ville-ambassade d'Upi ou Kish. Ce qui expliquerait une telle désignation du Tell el-Oheimir, mais seulement à partir du milieu du 2e millénaire avant notre ère.

Ces hypothèses géographiques donnent les équivalences suivantes entre les souverains des textes Mésopotamiens et les pharaons d’Égypte :

  • Zuzu d'Akshak, dont Eannatum de Lagash dit avoir repoussé un raid, serait Djedkaré Isési. Ce pharaon a laissé des inscriptions au Ouâdi Maghara, dans le Sinaï. Selon Nicolas Grimal, Djedkaré est connu pour avoir effectué des expéditions au pays de Pount et à Byblos. En effet, l'autobiographie d'Herkhouf, sous le règne de Pépi II, quelques 150 plus tard, mentionne que sous le règne de Djedkarê Isési, un Vizir est revenu du pays de Pount.
  • Eannatum de Lagash qui dit avoir repoussé le raid mené par le roi Zuzu d'Akshak, et avoir ensuite détruit Akshak, et parce qu'Inana l'aimait, eut la souveraineté sur Kish, serait le pharaon Ounas. Un vase à son nom a été découvert à Byblos. Ses liens familiaux avec son prédécesseur égyptien et avec son successeur ont toujours été hypothétiques. Et c'est peut-être du fait de son éloignement de sa région d'origine que son frère est devenu le souverain de Lagash.
  • Enshakushana, qui déclare avoir saccagé Kish, serait le pharaon de nom égyptien Ouserkaré, c'est à dire Sargon d'Akkad.
  • Enbi-Eshtar, le roi de Kish qui a été capturé par Enshakushana, serait Téti.

Il n'y a là aucune incompatibilité, ni aucune confirmation !

 

Pour l'explication sur les couleurs de textes, cliquer ici.

Pour une version en anglais, cliquer ici.

Tag(s) : #Empire d'Egypte, #Pays de Mari, #Pays d'Elam, #Pays d'Upi, #Pays d'Akkad, #Pays d'Ebla, #Pays de Magan, #Pays de Dilmun

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