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Dans l'histoire de l'ancienne Mésopotamie, Tellô a longtemps été considéré comme étant la ville de Lagash. Mais cette ancienne dénomination a ensuite été attribuée au Tell Al Hiba par une équipe américaine vers la fin du 20e siècle. Ce dernier rapprochement m'apparaît loin d'être évident. Et donc je propose ici une autre hypothèse historique.

Les fouilles de Tellô, site de Mésopotamie

Au 19e siècle, le premier site sumérien connu a été celui de Tellô ou Telloh.

D'après les fouilles archéologiques, le site a été occupé de l’époque d’Obeïd, au début du 4e millénaire jusqu'au 17e siècle avant J.-C. Les vestiges d'une ziggourat et d'un temple dédié à Nin-girsou y ont été exhumés.

Ce sont quelques 50 000 tablettes cunéiformes qui y ont été retrouvées. Beaucoup ne sont pas encore déchiffrées. Malgré le nombre de textes traduits, il a longtemps été considéré que Tellô était la ville de Lagash, car c'est le toponyme qui y est le plus fréquemment rencontré. Girsou et Nin-Girsou y sont moins fréquents.

Les fouilles du Tell Al Hiba et son identification récente à Lagash

De 1968 à 1976, une équipe d'archéologue américaine du Métropolitan Museum of Art, dirigée par Vaughn E. Crawford, entreprit des recherches archéologiques sur le tell Al Hiba. Une première fouille de 6 semaines avait été menée par Robert Koldewey en 1887.

Il s'agit d'un monticule de faible altitude, environ 2 mètres de hauteur, mais d'une superficie immense, environ 500 hectare, entouré d'eau. Pour y accéder les archéologues devaient voyager une demi-heure en bateau. Cette description est importante, car, dans l'antiquité, la ville devait être un port, avec un canal traversant la ville. Le lieu était ainsi sécurisé. Divers bâtiments administratifs et des temples ont été trouvés. Le plus important est l'exhumation d'une importante enceinte ovale de 93 m qui a été identifiée comme étant le temple Ibgal dédié à la Déesse Inanna. Il y aurait au moins une tablette de Tellô (je n'ai pas réussi à la retrouver) qui certifie que l'Igbal a été construit dans la ville même de Lagash. En revanche, peu de tablettes cunéiformes ont été trouvées sur le Tell Al Hiba. L'identification du Tell Al Hiba à Lagash m'apparaît incertaine.

Au Levant, la localisation du site de Lakish au tell el Hésy puis au tell ed-Duweir

Les deux tells el Hésy et ed-Duweir ne sont pas très éloignés l'un de l'autre dans l'actuel pays d'Israël. Après avoir été identifié sur le tell el Hésy, Lakish est maintenant plutôt proposée sur le tell es-Duweir, surtout du fait de trouvailles de l'âge de fer qui coïncident avec les textes néo-assyriens, et aussi avec la bible.

Le tell el Hésy a été occupé depuis le Néolithique jusqu'à l'âge de Bronze, ensuite, c'est le tell ed-Duweir qui a pris le relais : les couches archéologiques montrent une occupation principale depuis l'âge du fer jusqu'au début de notre ère. Il est possible qu'il y ait eu un déplacement de cette ville vers la fin du 2e millénaire avant notre ère.

Les fouilles à Tell el-Hesy ont été dirigées par Petrie et Bliss, de 1890 à 1892, pour le Palestine Exploration Fund.

Les deux découvertes importantes sur le Tell el-Hesy sont :

  • d'une part une tablette cunéiforme en akkadien (maintenant incorporée parmi les lettres d'Amarna sous l'identifiant EA 333), rédigée par un officier égyptien du nom de Paapu, qui évoque Sipti-Bala formellement identifié comme étant le maire de Lakisa dans d'autres courriers.

  • d'autre part un haut-fourneau daté de 1500 av. J.-C.

Sur le tell ed-Duweir, les fouilles ont été conduites, entre 1932 et 1938, par James Leslie Starkey. D'autres chercheurs voient Lakish au Tell Etun.

Dans les textes néo-assyriens, la ville est mentionnée avec l'orthographe « Lakitsu ». Elle a été le lieu d'une bataille de Sennacherib, qui en a relaté le siège sur les murs de Ninive :

Un autre toponyme, très proche, existe dans l'histoire antique de cette région : On sait que la tribu de Dan a conquis une ville appelée Laïsh et lui a donné le nom de Dan. Les textes égyptiens de malédictions évoquent un roi de Laïsh nommé Horon-av. Sur une inscription Aramaïque de Zakar, un roi de Hamath se donne le titre de « Roi de Hamath et Lu'ash ». La ville semble mentionnée dans les archives de Mari sous une dénomination semblable de « Laish » : Zimri-Lim a envoyé 5 kg d'étain à Laïsh.

Même si cette ville ancienne de Lakish ou/et Laïsh n'est pas, aujourd'hui, formellement identifiée, sa localisation vers le Levant est quasi certaine.

 

Des populations et/ou des tablettes de la fin du troisième millénaire ont-elles été déplacées de Lakish vers Tellô ?

Ce me semble être une hypothèse tout à fait plausible, et le toponyme de Lagash des tablettes de Tellô se référerait en fait à l'histoire de Lakish du Levant de la fin du 3e millénaire avant notre ère.

Par exemple, la stèle des Vautours semble avoir été transportée après avoir été rédigée par Eannatum au sommet de sa gloire. Ceci expliquerait pourquoi Lagash n'est pas mentionnée dans les listes royales sumériennes issues de Nippur. La plupart des autres textes de lamentation aurait été rédigés après un repli d'une partie de la population de Lagash/Lakish vers Girsu / Ur en Mésopotamie. En voici deux exemples :

Cette hypothèse permet de justifier les principaux toponymes des plus anciennes tablettes ainsi:

  • Umma est l'actuelle région d'Amman (voire une désignation ancienne de toute la péninsule arabique, dont Oman aurait héritée) ;
  • Antasura serait Ansura ou Hazor ;
  • Gu'abba, le bord de mer, Gubla ou Byblos ;
  • Gu'edena, le bord de la steppe, le Jourdain, ce serait l'actuelle pays de Jordanie ;
  • Tiras, la ville de Tyr ;
  • Kimunir, la ville d'An-Kenamu des pylônes de Karnak ;
  • Nina, la ville de Naun des pylônes de Karnak ;
  • Asuna, la ville de Kasuna ou Aksuna des pylônes de Karnak.

Ce qui donne beaucoup plus de sens aux plus anciens textes : la localisation d'Umma au Tell Djokha est loin d'être prouvée et la plupart des autres toponymes sont inconnus en Mésopotamie.

Un déplacement d'une population qui a ré-écrit son histoire (celle de Lagash) une fois arrivée en Mésopotamie (Girsu / Ur) est une hypothèse qui pourrait expliquer l'apparition de l'écriture dans cette région antique. Le titre de Patési de Lagash aurait alors subsisté très longtemps à titre honorifique.

Certains pourront contre-carrer cette approche en prétextant qu'il n'a pas été trouvé d'écrits du 3eme millénaire avant notre ère au Levant. Mais lorsque les tablettes d'Ebla ont été exhumées, peu d'historiens ne pensaient que l'écriture était en usage à cette époque vers l'Ouest de l'Euphrate.

 

Pour l'explication sur les couleurs de textes, cliquer ici.

Pour une version en anglais, cliquer ici.

Tag(s) : #Site de Mésopotamie, #Site du Levant

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