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Les tablettes mésopotamiennes mentionnent, surtout vers les premières dynasties, une puissance appelée Kish.

C’est George Smith, un britannique, qui a repéré le site de Tell el-Oheimir, situé à environ 15 kilomètres de Babylone. Il s’agit d’un ensemble de tells qui s’étendent sur un périmètre d’environ 4 kilomètres dont les deux principaux sont : Tell Inghara à l'est et Tell el-Oheimir à l'ouest. Le premier était la ville nommée Hursagkalamma d’après des écrits retrouvés sur les lieux, et le second, sans preuve factuelle, a été considéré comme étant la ville de Kish. Les premières fouilles ont été effectuées par le français Henri de Genouillac en 1912. De 1923 à 1933, une équipe anglo-américaine d'Oxford et de Chicago ont poursuivi les travaux. En 1988, des Japonais ont fouillé le Tell Inghara.

Les recherches archéologiques ont montré que Tell el-Oheimir s’est développé à partir de la première moitié du IIe millénaire. L'ensemble le plus important de ce site est un temple dédié à Zababa, avec sa ziggurat. Les monuments ont probablement été construits sous le règne de Hammurabi, vers le XVIIIe siècle avant notre ère. Ces résultats ne montrent pas de concordances avec les textes relatifs à Kish.

En revanche, les fouilles de Tell Inghara ont été beaucoup plus fructueuses. Les plus anciens objets sont de la fin du Néolithique. Des niveaux des cultures d'Obeid et d'Uruk ont aussi été identifiés. Trois niveaux archéologiques montrent que la ville s’est développée au Dynastique archaïque I et II, entre 2900 et 2600 avant notre ère. Un cimetière de cette période a été trouvé, avec, notamment, des tombes à chars richement pourvues. Un palais composé de deux bâtiments autour d’une cour carrée, entourés d'une double enceinte, accessible à partir d’une porte monumentale, est également de cette période. En plus, au Dynastique Archaïque III, entre 2600 et 2400, deux temples sur terrasse ont été ajoutés.

Un autre tell, à l'est du Tell Inghara, a livré un lot de tablettes. Enfin au nord du Tell Inghara, des restes d'un autre palais datant du DA II ou III, ont été fouillés. Les textes montrent que Tell Inghara est la ville de Hursagkalamma. Aussi, l’identification à Kish est loin d’être acquise.

Toutefois, une ville de nom Kish est bien mentionnée vers Babylone dans des écrits du 1er millénaire avant notre ère, notamment dans ceux de Tiglath-Pileser III, Sennacherib et Nabonidus. Sennacherib déclare avoir battu Merodach-Baladan et ses alliés d'Elam dans le voisinage de Kish. Il dit avoir chassé les Arabes, les Araméens et les Chaldéens des villes d'Uruk, de Nippur, de Kish, de Hasagkalama, de Kutha et de Sippar. Les deux cités sont mentionnées l'une après l'autre dans deux listes, ce qui est interprété comme étant l'indice d'une certaine proximité.

 

Les relations entre Ebla et Kish

L’exhumation du site d’Ebla et la traduction des nombreuses tablettes trouvées ont montré que l’ancienne ville était en relation avec un pays de Kish.

Vers 2500 avant notre ère, Ebla était dominée par un groupe d’élites qui s’occupaient des affaires politiques et économiques, mais qui dépendaient d’un pouvoir suprême ailleurs, surtout à Mari. Cette dernière ville, située à sa frontière orientale, dominait la région du moyen Euphrate. Ebla a recherché l’alliance de deux des adversaires de Mari, les royaumes de Nagar, en Syrie du nord, et celui de Kish.

L’économie du royaume éblaïte était dominée par le palais royal, qui employait une majeure partie des travailleurs. Ceux-ci étaient rémunérés par l’administration du palais en rations d’entretien, constituées de grain, d’huile et de laine. Ils étaient répartis en groupes de 500 à 1 000 personnes, dirigés par des surveillants. Environ 5 000 individus dépendaient du palais. Les artisans et marchands travaillant pour le palais résidaient plutôt dans la ville même, dans les faubourgs, où se trouvaient également leurs espaces de travail.

C’est peu après le mariage de la princesse éblaïte avec le prince du royaume de Kish que le palais royal d’Ebla est détruit dans la violence. Il semble qu’une seconde destruction ait dévasté le site après la première, alors que le secteur palatial était réoccupé.

Des relations avec l’Égypte sont attestées par les fouilles : des objets égyptiens ont été trouvés dans le palais royal, notamment un vase en albâtre portant le nom de Pépi Ier. Mais les traducteurs n’ont pas trouvé de textes mentionnant l’Égypte.

 

Comment les pays voisins appelaient l’Égypte ?

La tombe (TB57) de Khaemhat, responsable des greniers à grain d’Amenhotep III, fait apparaître sans ambiguïté que de son temps l’Empire d’Égypte commençait au pays de Kouch et allait jusqu’aux frontières du Naharina. Et un Vice-roy de Kouch était en place durant tout le Nouvel Empire.

Dans le traité de paix entre Ramsès II et le hittite Hattusili III, l’Égypte est appelée «Kemit».

Les tablettes d’Amarna, rédigées en Akkadien montrent que l’Égypte d’alors s’appelait Misru pour les rois du Levant. Mais cette désignation n’apparaît pas sur les tablettes d’Ebla un millénaire auparavant. Alors quel était le nom que donnaient les éblaïtes à l’Égypte ?

Ni sur les tablettes d’Amarna, ni dans le traité entre l’Égypte et les Hittites, il n’est mentionné de Haute et de Basse Egypte.

Sous Suppiluliuma, deux membres de sa famille ont été nommés vice-roi, un à Alep et un deuxième mentionné « Sarri-Kush ». Aujourd’hui, les chercheurs sont partagés sur le fait que « Sarri-Kush » soit un nom de personne ou un nom de pays, et dans ce dernier cas, sur la location de « Sarri-Kush ». Certains considèrent qu’il s’agit de la région de Karkemish, d’autres pensent à l’empire égyptien : Sarri serait le pays qui est maintenant appelé Syrie, et Kush l’Égypte . D’autres textes hittites évoquent un toponyme Kargamis qui peut donner raison aux seconds.

 

Les listes des pylônes de Karnak

Je pense que l'explication des noms géographiques se trouve dans la traduction des listes géographiques des pylônes de Karnak, du règne de Thoutmosis III, étudiées par Auguste Mariette. Il s'agit de listes des pays / villes sous la domination de ce pharaon à l'apogée du Nouvel Empire. Auguste Mariette a relevé quatre groupes principaux de villes : le Haut Retenu, au Nord, et au Sud : Koush, Pount et la Lybie.

D'après Mariette, la liste du pays de Koush commence par des villes le long de la côte ouest de la Mer Rouge. Il y a notamment reconnu de nombreuses cités mentionnées dans les listes d'Adulis deux millénaires plus tard.

Ainsi, le pays de Koush, incontestablement au sud de l'Egypte, s'étendait aussi le long de la Mer Rouge, probablement jusqu'au Sinaï puisque le Tell Fakus, l'ancienne Phacusa, a un nom qui signifie « Maison de Kes ». Cette ville est la première mentionnée dans la liste sous la forme « Kus-xes la misérable ».

La cité de Kus Berbir, vers Coptos, à l'entrée du Ouadi Hammamat, était probablement un poste frontière avec ce pays situé aussi à l'est de l'Égypte durant une bonne partie du 2e millénaire avant notre ère, le pays de Kis, Kus ou Koush avait cette position géographique. Il existait sans doute avant l'Égypte des Pharaons. Au troisième millénaire avant notre ère, seul ce nom de Kish était en usage pour désigner le nord-est de l'Afrique et je pense qu'il a perduré longtemps dans la mémoire des pays voisins. Les récentes découvertes portuaires sur la Mer Rouge, notamment au Ouadi el Jarf confirment un positionnement géographique de l'Ancien Empire plus vers l'Est.

Les trouvailles du Tell Es-Sakan, ainsi que celle de pétroglyphes dans le Sinaï confirment qu'il existait un centre de pouvoir important, de type «Égyptien» au nord de la Mer Rouge durant la période pré-dynastique :

Pour l'explication sur les couleurs de textes, cliquer ici.

Pour une version en anglais, cliquer ici.

Mes notes de vraisemblance :

Avant le milieu du 2e millénaire, dans les textes d'Ebla, Kich désigne le pays de Kouch, la partie ouest de la Mer Rouge : 3/5

A partir du milieu du 2e millénaire avant notre ère, dans les écrits assyriens, Kich est bien le site de Tell el-Oheimir : 3/5

Tag(s) : #Site de Mésopotamie, #Empire d'Egypte, #Pays d'Ebla, #Empire Assyrien

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