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Myra était une des six plus importantes villes de la Lycie, après Xanthos, Patara, Olympos, Pinara, et Tlos. L'ancien site est à quelques kilomètres de la ville actuelle de Demre en Turquie du sud-ouest. Etait-elle l'ancienne capitale du pays de Mira rapportée par quelques tablettes Hittites, vers le 2e millénaire avant J.-C. ?

La découverte d'une inscription en langue louvite, mentionnant un roi de Mira, Tarkasnawa, au col de Karabel, non loin de l'ancienne ville d’Éphèse, donnerait à ce pays une étendue territoriale assez importante, difficilement admissible par les spécialistes de l'histoire antique de cette région. D'autant plus que la présence, au nord de la ville de Myra, de montagnes du Taurus au relief particulièrement escarpé ne devait pas aider la communication avec les territoires autours. Pourtant, maintenant, on admet que les lieux d'habitat des hommes de l'âge du bronze n'étaient pas toujours des plaines. Au contraire, sans doute pour des raisons défensives, les hommes de l'âge du bronze appréciaient les lieux escarpés et isolés.

Ce roi est confirmé par des sceaux, au nom de Tarkondemos, trouvés lors des fouilles d'Hattusa.

D'autres tablettes de la capitale des Hittites mentionnent ce pays de Mira comme un des pays de l'Arzawa. Des noms de villes y apparaissent, surtout sous le règne de Kupanta-Kuranta, roi de Mira. Kupanta-Kuranta est connu pour avoir envoyé des courriers à Ramsès II d’Égypte.

Aujourd'hui, les historiens rapprochent les anciens noms de ville d'Anatolie de ceux connus sous la période gréco-romaine. Ce qui sous-entend une continuité de l'occupation humaine du 3e au 1e millénaire avant notre ère, loin d'être unanimement reconnue. Pourtant, sur ce site, il s'agit du critère principalement mis en avant au regard de l'argument supplémentaire suivant : celui de la stabilisation des noms grâce à l'utilisation de l'écrit dans la région dès le 3e millénaire avant notre ère.

Il y a lieu de tenir compte de l'action des fleuves au cours du temps. Ainsi Milet et Ephèse étaient des ports Gréco-romains, alors qu'aujourd'hui ces deux villes sont éloignées de la mer. Cette réalité d'il y a deux milles ans devait être d'autant plus accentuée il y a trois ou quatre milles ans. Donc, certains plaines actuelles, proches de la mer, ne devaient pas exister.

Par ailleurs, les hauteurs d'eau beaucoup étaient plus importantes dans les lacs de montagne. Par exemple, il a été observé que l'ancienne Kibyra était sur une île, alors qu'elle est maintenant dans une plaine. En plus, pour les sites anatoliens, il faut considérer les effets de tremblements de terre fréquents, du fait des déplacement des plaques tectoniques.

Ces phénomènes naturels, le changement de niveau des lacs et les prélèvements agricoles ont modifié le cours et l'importance de certains fleuves mentionnés par les tablettes. Cette affirmation se constate sur le terrain : beaucoup de vallées des actuelles rivières sont peu travaillées par l'érosion, alors que d'anciens lits de fleuve apparaissent abandonnés.

Aussi les correspondances de toponymes sont les principaux critères que je retiens.

CTH 68 est une tablette trouvée à Hattusa. Elle décrit les frontières du pays de Mira : « De ce côté, en direction de la cité de Maddunassa, le camp fortifié de Tuthaliya sera ta frontière. Et d'un autre côté le gouffre de la cité de Wiyanawanda sera ta frontière. Tu ne la franchiras pas en direction de la cité d'Aura. De ce côté, en direction de la rivière Astarpa, le pays de Kuwaliya sera ta frontière. Ce pays qui sera le tien, protège-le ! Tu ne fonderas aucune cité sur la rivière Astarpa ou sur la rivière Siyanta... »

Wiyanawanda apparaît dans de nombreux autres textes, elle est admise comme étant la ville gréco-romaine d'Oenoanda le long du fleuve Xanthos.

Je pense que "Astarpa" est une déformation d'Isparta. La rivière ainsi dénommée est celle qui prend sa source vers Isparta et se dirige vers le sud-est vers le Kastariya (Kestros, Aksu). Ou bien il s'agit d'une autre désignation de la rivière Kastariya. Suppiluliama, ainsi que Mursili II, ont livré une guerre vers la ville de Walma, sur le fleuve Astarpa. La ville de Walma est mentionnée comme frontière avec le pays de la rivière Hulaya ou Tarhuntassa. La ville était proche du Pitassa. La ville Usawala, ou Usaula, qui apparaît annexée au pays de Walma est peut être la classique Osia. Toutefois ces deux toponymes Walama et Usaula se retrouvent aussi vers l'actuelle ville de Silifke . Ce qui entretient un doute sur l'extension vers la côte orientale du pays de Mira : il se peut qu'il s'étendait, à certaines époques, vers le sud du pays de Tarhuntassa.

Le pays de Mira apparaît être maritime.

Beaucoup d'historiens considèrent que la rivière Siyanta est le Méandre.

Par ailleurs, le pays de Kuwaliya est vraisemblablement la Kabalis gréco-romaine. Kuwaliya s'est déformé en Kuvali puis Kubalis, Kabalis.

Cette correspondance de noms, ainsi que de nombreuses autres, amènent à considérer le rapprochement comme étant confirmé.

Le texte CTH 68 annonce l'annexion d'une partie nouvelle de territoire au pays de Mira, qui a dû voir sa dimension territoriale fluctuer avec le temps. Toutefois, le pays de Mira semble avoir toujours fait partie de deux pays plus grands, mais plus éphémères, ceux d'Arzawa et de Lukka. Il faut noter que les tablettes hittites ne mentionnent jamais ensemble le pays de Mira et le pays de Lukka. L'un est bien un sous-ensemble de l'autre ou son équivalent. Le pays de Lukka s'identifie avec la Lycie des gréco-romains.

Pour l'explication sur les couleurs de textes, cliquer ici.

Pour une version en anglais, cliquer ici.

Mes notes de vraisemblance :

Myra de Lycie était l'ancienne Mira des Hittites : 4/5

Tag(s) : #Site d'Anatolie, #Pays de Mira, #Pays d'Arzawa, #Pays de Lukka, #Empire Hittite

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